Jurisprudence

Des publications sur LinkedIn entrainent l’imposition en France d’une société basée à Londres

Conseil d’Etat · 21 juillet 2025 · n° 499207

Le Conseil d’Etat confirme (par non-admission du pourvoi) les redressements massifs appliqués à une agence de marketing basée à Londres, dont l'activité consistait à nouer des partenariats entre des artistes/influenceurs et des marques commerciales.

L’affaire a commencé sur LinkedIn où des publications françaises valorisaient les partenariats obtenus par l’agence. Ces éléments ont conduit l’administration fiscale à engager un contrôle de l'agence et une perquisition au sein des locaux de sa filiale française, à l’issue desquels la société britannique a été lourdement redressée.

La décision devenue définitive de la CAA de Paris (26/09/24, 22PA03708) illustre bien (i) les conditions de caractérisation d’un établissement stable français en matière d’IS et (ii) les conséquences en matière de TVA et d’activité occulte :

🔹 l'agence prétendait opérer depuis Londres, où elle disposait de son siège social, d’un local et d’un salarié ;

🔹les documents comptables, contrats et relevés bancaires de l'agence ont été retrouvés et saisis dans les locaux parisiens de la filiale ;

🔹les contrats de travail et les échanges de courriels démontraient que les salariés français de la filiale avaient été recrutés pour développer l’activité de l’agence, et avaient droit à une part de rémunération variable indexée sur des objectifs visant à accroître le chiffre d’affaire de l’agence ;

🔹si le dirigeant – français, également gérant de la filiale – se rendait souvent à Londres, les éléments de sa présence au Royaume-Uni n’étaient pas suffisants pour démontrer que les décisions stratégiques étaient prises depuis Londres.

La CAA a retenu conformément à la convention fiscale franco-britannique que l’agence était imposable à l'IS en raison d'une installation fixe d’affaires en France (établissement stable dans les locaux de sa filiale).

En matière de TVA, la cour applique les critères dégagés par la CJUE : établissement avec degré suffisant de permanence et structure apte, du point de vue humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services.

L’agence a été imposée sur la valeur totale des rémunérations versées par les annonceurs, ayant été "réputée agir comme un intermédiaire opaque ou intermédiaire agissant en son nom propre". Elle était à l’initiative de la mise en relation et comptabilisait en produits, avant de reverser leur part aux personnalités/artistes, la totalité des montants facturés aux annonceurs et non les seules commissions d’intermédiation.

Le redressement a été notifié selon la procédure de taxation d’office, sans mise en demeure, au motif que l’activité exercée en France était occulte. Le droit à l’erreur de bonne foi sur la résidence fiscale n’a pas été retenu en raison de la faible fiscalité côté UK.

La pénalité de 40% pour manquement délibéré a été maintenue.

Références et sources officielles

Les références ci-dessous sont rattachées à un portail public officiel. Une référence sans permalien exact vérifié n’est pas affichée.

Décision principale

Jurisprudence citée

Conventions fiscales et textes internationaux

Corpus des sources contrôlé le 24 août 2026.

Publication dirigée par Lyès Kaci, avocat au Barreau de Paris.