Jurisprudence

Voyages, luxe, shopping : le fisc ne financera pas le lifestyle des influenceurs

TA Cergy-Pontoise · 31 octobre 2025 · 2302797

Pour la première fois à ma connaissance le juge fiscal se prononce sur les conditions de déductibilité des charges dans le cadre particulier d'une activité d'influenceur.

Dans cette affaire une influenceuse (2,1M d’abonnés Instagram, activité structurée en SASU) contestait des redressements importants à la suite du rejet de la déductibilité de certaines dépenses :

➡️ la SASU avait déduit de son résultat imposable près de 120K€ en un peu plus d'un an (exercices 2018 et 2019) correspondant à l’achat de sacs, meubles, vêtements, bijoux, bagages, chaussures, hôtels, voyages, prestations esthétiques.

L'influenceuse considérait que les dépenses étaient dans l’intérêt de l’activité de sa société :

➡️ en tant que "créatrice de contenus" professionnelle avec 2 millions d'abonnés elle s'estimait obligée d'engager ces dépenses pour les besoins de son activité (consistant notamment en des placements de produits).

Le juge rejette l’argumentaire : l’influenceuse n’a pas démontré que les dépenses se rattachaient directement et nécessairement à l’exécution d'opérations promotionnelles identifiées.

Selon le Tribunal il ne s’agit donc pas de charges déductibles pour la société mais de dépenses personnelles de l'influenceuse. L’administration fiscale était alors fondée, selon le juge, à (i) refuser leur déduction et (ii) considérer qu’il s’agissait de revenus distribués imposables à l’impôt sur le revenu.

L’argumentaire de l’influenceuse n’était pas dépourvu de logique mais rappelons à titre d'exemple que pour le commun des mortels les simples dépenses de vêtements objectivement nécessaires à l'activité (costumes et cie) ne sont en principe pas considérées comme des dépenses professionnelles en raison leur usage réputé mixte.

Nota sur la procédure : l'influenceuse n’avait pas récupéré le courrier envoyé par l’administration fiscale et n’avait pas répondu aux mises en demeure => procédure de taxation d’office, inversion de la charge de la preuve, pénalités.

Cette première décision est donc défavorable au contribuable influenceur. Nul doute que d'autres seront rendues prochainement, notamment sur les "redressements Dubaï" qui commencent.

Il s'agit d'une décision de première instance qui pourrait être infirmée en appel.

Références et sources officielles

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Décision principale

Corpus des sources contrôlé le 24 août 2026.

Publication dirigée par Lyès Kaci, avocat au Barreau de Paris.